Maud est une femme pétillante de 46 ans, originaire de Franche-Comté, près de Besançon. Elle vit à Londres depuis 17 ans avec ses 2 enfants et son mari. Importatrice de vins français, Maud et son mari ont créé une chaîne de magasins de champagne à Londres et dans le sud de l’Angleterre.

“Mon enfance et mon adolescence ont fortement été marquées par les problèmes d’alcoolisme de mon père. C’est ce qui a provoqué le divorce de mes parents quand j’avais 5 ans. “On se sépare de papa parce qu’il est malade” m’a dit un jour ma mère.

Etant très proche de lui, j’ai toujours gardé un lien fort avec mon père. Mon père avait la faculté de toujours m’écouter et de savoir me donner des conseils. J’allais le voir pendant les week-end même si j’assistais à des scènes difficiles pour l’enfant que j’étais. Cette confrontation si jeune avec la maladie de mon père m’a certainement fait grandir plus vite.

 

A l’école j’étais une élève moyenne. Mon père n’était pas présent et ma mère n’était jamais assez satisfaite de mes notes, ce n’était jamais assez bien. Je ne recevais pas d’aide de la part de mes parents à la maison, hormis celle de ma grande soeur qui s’est énormément occupée de moi jusqu’à son départ pour l’université. Ma scolarité aurait été différente sans elle car ma soeur était brillante à l’école et représentait un modèle à suivre.

 

J’ai des souvenirs à la fois heureux et malheureux de mon enfance. J’ai été résiliente car j’ai accepté ce qui m’est arrivé. J’ai toujours été très positive et j’ai toujours pensé qu’il fallait profiter de la vie et rire ! J’étais parfois jalouse de mes amies qui avaient l’air d’avoir une vie parfaite mais cette enfance m’a rendue forte et me donne de la force jusque dans ma vie maintenant.

 

J’ai eu mon baccalauréat au rattrapage, j’ai décidé de m’inscrire à la fac en histoire-géographie car c’était l’une des rares matières pour lesquelles on pouvait s’inscrire tardivement 🙂 (Parcoursup n’éxistait pas encore !) Je n’ai pas du tout continué dans cette voie car la seule chose qui m’intéressait véritablement était le théâtre ! En effet, en parallèle de mes études je faisais le conservatoire d’art dramatique.

 

Suite à l’échec de ma première année de fac, ma mère me suggère de partir un an à l’étranger, d’apprendre une nouvelle langue, et de me laisser une année de réflexion pour choisir une voie universitaire. Je m’envole alors une année à Houston au Texas pour travailler comme jeune fille au pair dans une famille américaine.

A la fin de cette expérience, je prépare mon retour en France et envoie un dossier d’admission pour intégrer un IUT à Toulouse à la rentrée suivante.

Puis tout s’enchaîne, j’apprends que je suis acceptée dans cet IUT Information Communication. Je rentre à Besançon après 1 an d’absence, je retrouve brièvement ma famille puis repart à Toulouse commencer mon année universitaire.

Un mois après la rentrée, mon père décède d’un accident de scooter. Il conduisait en état d’ébriété.

3 mois après, c’est mon beau-père (le compagnon de ma mère) qui décède à son tour d’une maladie.

 

Mon père est décédé de son alcoolisme. J’ai beaucoup  souffert de son absence après son décès. J’ai dû affronter cette épreuve et cela m’a propulsée dans le rôle d’une adulte seule. Je me suis retrouvée complètement désorientée. J’avais 21 ans et je me demandais à qui je pourrais dorénavant demander des conseils. Je me suis sentie sans filets. J’étais étudiante, je commençais une année universitaire loin de chez moi, dans une ville où je ne connaissais personne,  je revenais d’un an aux Etats-Unis… Par chance j’étais en IUT et j’ai noué des liens avec ma classe et je me suis intégrée dans un groupe étudiant.

 

Aujourd’hui je peux dire que les personnes qui comptent le plus pour moi actuellement, en plus de mon mari et de mes filles évidemment, sont ma soeur et mes amies.

Ma grande sœur a toujours été mon roc et je peux dire qu’elle m’a sauvé la vie.Je me sens très soutenue par mon mari également, qui m’a toujours encouragée. Il a confiance en moi, il croit en moi, me croit invincible et me pousse toujours.

 

Aujourd’hui j’aime mon métier, je me suis lancée avec mon mari dans l’importation de vins français à Londres et la création de bars à champagne. Je sais que mon vécu personnel a eu une incidence sur mon parcours professionnel, mes choix, et mon désir de réussite. Cela m’a donné de l’audace, le courage d’OSER.

J’ai toujours su que ma vie d’adulte allait être “ma meilleure vie”

Comme je ne me sentais pas reconnue capable par ma mère je n’avais pas d’autre choix que de croire en moi et de montrer que je pouvais y arriver. Puis une fois que l’on ouvre une porte, cela donne du courage d’en ouvrir d’autres.

 

Je me suis mis la barre haute, comme par exemple de partir seule aux Etats-Unis 1 an, sans parler anglais. Cette expérience a littéralement changé ma vie, sans compter que c’est au Texas que j’ai rencontré mon mari. Je me sens chanceuse car je suis forte. Je crois en l’adage “Ce qui ne te tue pas te rend plus fort.”

 

Si j’ai un conseil à donner à d’autres personnes qui ont connu une enfance/adolescence difficile et la perte d’un parent, je leur dirais de croire en soi, à son instinct, d’être curieux, de se laisser guider par l’excitation, l’envie, de ne pas rester sur ses acquis.

Après le décès d’un parent il faut accuser le coup,  donner le temps à son deuil. C’est un choc, une baffe, un ouragan, c’est très violent. Tout d’abord la vie s’arrête, puis petit à petit la vie continue et «reprend ses droits ». Il ne faut pas avoir honte de survivre, de faire avec et demander de l’aide. Aller vers les autres c’est aller vers la vie. On apprend à prendre soin de soi et à développer un instinct de survie.

 

L’action de l’association Phénix, tant sur le plan scolaire et professionnel, pour les orphelins ou les enfants sortis de l’ASE, est très importante. A tous les âges, à tous les niveaux, l’aide est nécessaire pour aider ces jeunes à vivre avec cette absence, à accompagner cette solitude.”

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