L’année 2020 restera gravée dans l’histoire et dans les mémoires. C’est une longue vague d’émotions qui nous a traversé, et qui nous traverse encore en ce début d’année. Il faut dire qu’il est difficile de s’approprier 2021: rien que de le prononcer lui donne un air futuriste, et pourtant sa symbolique de renouveau et de changement est piétinée par la situation actuelle. C’est un paradoxe dur à avaler, et une désillusion particulièrement sombre pour les jeunes. Ces temps incertains sont devenus l’ombre des adultes de demain, et dans les médias l’appellation “génération covid” remplace peu à peu la génération Z; non sans raisons.

Au moins, on en parle : les articles sur l’anxiété et la frustration des jeunes se multiplient, et la génération covid est enfin entendue et prise au sérieux. Les enquêtes sur l’état psychologique des étudiants accompagnent cette inquiétude, et dressent un tableau plutôt alarmant. D’après un sondage mené en avril 2020 par la mutuelle HEYME*, 68% des 18-30 ans considèrent cette situation comme source de stress. Parmi les raisons évoquées, l’absence de liberté, la solitude, l’avenir professionnel incertain et la peur du monde post-covid. Mais même sans penser à l’après, la frustration domine chez les jeunes, au point que 53% ont le cruel sentiment de passer à côté de leur vie étudiante.

Ce dernier chiffre fait mal au cœur. Cependant, il a l’avantage de délivrer un message important. Tu n’es pas seul(e). Ce n’est évidemment pas une bonne nouvelle, mais ça a le mérite d’être rassurant et déculpabilisant. Tu as des raisons d’avoir peur, et le droit d’être en colère. Et face à ses sentiments partagés, il est important d’être tolérant avec soi-même. Cette interminable parenthèse dans nos vies a créé une atmosphère pesante, et il est normal et légitime de se sentir oppressés par ce plafond de verre universel. Mais rappelle toi que tu n’es pas seule à regarder le plafond la nuit, la tête bourdonnante de questions et de remises en questions.

Cependant, il y a bien quelque chose face auquel tu es seul(e). Ta manière de transformer ce temps suspendu en moment et ta façon de le faire vivre reviens à toi. Car il y a une opportunité à voir dans tout cela. La crise sanitaire ferme des portes, mais en ouvre aussi certaines. Dans ce contexte exceptionnel, “se battre” peut prendre de nombreuses définitions, et la résistance peut emprunter de nombreuses formes en fonction de chacun.

Préparer l’après à coups de messages Linkedin, développer sa créativité à coups de pinceaux, s’apprendre à coup de développement personnel, s’entretenir à coups d’abdos, s’évader à coups de séries Netflix, s’instruire à coups de MOOCs, aider à coups de mains….C’est ta personnalité, ton caractère et tes motivations qui encadrent cette porte ouverte, et il n’y a pas de mauvaises réponses en la matière. Il est urgent de se déculpabiliser du “trop” et du “pas assez” : la crise sanitaire s’est imposée au beau milieu de notre route, à un moment aléatoire pour des millions de gens, et chacun réagit comme il le peut.

Et même s’il y aura peut-être des regrets, des laissez-aller, des coups de mous et du temps perdu, il y aura tôt ou tard la place de commencer une nouvelle histoire. “La destruction créatrice”, le concept phare de l’économiste Joseph Schumpeter, ne résonne pas que dans le monde des entreprises. Il y aura à reconstruire sur de nombreux aspects de nos vies, et les plans de cette époque inédite prendront source dans les valeurs, les attentes et les rêves de toute une génération. Et ça tombe bien, car nous avons accès à un luxe : les réseaux. Nous sommes une génération ultra-connectée, et pouvoir maintenir le lien dans de telles conditions représente une chance. Une chance de se soutenir, de se livrer, de s’inspirer et finalement de co-créer le monde de demain.

* ​Baromètre « #MoiJeune, confiné et demain ? » HEYME – 20 Minutes – OpinionWay “

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