Cécile est une amie de Maurane, dont j’ai fait le portrait il y a quelques semaines. Cette dernière me l’a présentée comme « travailleuse, avec un parcours de vie bien corsé ».

Je l’ai appelée la semaine suivante et le courant est tout de suite passé. 

Cécile a « la banane » comme elle dit, le sourire jusqu’aux oreilles. Rigolote, elle n’a pas la langue dans sa poche et nous avons discuté pendant plusieurs heures.

Elle me parle des difficultés au top départ du marathon de la vie et des mauvaises rencontres.  Elle avoue s’être très souvent réfugiée dans sa zone de confort et m’explique surtout comment elle a réussi à en sortir. De l’enfant turbulente qui jouait avec ses limites, il en reste une maman, une épouse et surtout une auto-entrepreneuse de 31 ans. 

Chercher les limites

 Tout ne partait pas pour le mieux pour Cécile.

| Aux premiers mois de ma vie, j’ai été élevée par ma grand-mère paternelle car elle n’estimait pas mes parents capables d’élever un enfant. |

Ses parents finissent finalement par la récupérer alors qu’elle est encore bébé puis se séparent. Son père quitte le domicile familial. A la maison, les relations sont très conflictuelles. Les psychologues et les acteurs de l’aide à l’enfance entrent rapidement dans sa vie. 

| Tout d’abord à cette époque, mon école mettait en place un suivi psychologique pour les enfants dont les parents divorçaient. (…) Puis, je ne me souviens plus comment c’est arrivé, mais en classe de 6e, un éducateur ou un psychologue m’a emmenée, avec ma mère, visiter un foyer dans le 18ème arrondissement de Paris. |

De là Cécile passe donc quelques temps dans une Maison d’Enfants à Caractère Social (MECS) à la Maison du Sacré Cœur. Entre fugues et cleptomanie, elle avoue avoir mené la vie dure au personnel. C’est une enfant impatiente à qui l’adulte a toujours manqué de donner un cadre et de l’attention.

 Au bout d’un an, elle veut sortir du foyer, ses relations et son comportement s’y dégradent alors et son père finit par la récupérer et tente de l’élever de son mieux. Elle se souvient néanmoins des cheveux « blindés de poux », de l’abandon de son père qui n’est jamais revenu la chercher après un week-end où sa mère avait sa garde puis des deux mois de cours séchés.

 Découvrir les limites : j’ai toujours assumé mon travail 

Les limites et le cadre qu’elle cherchait, Cécile les a finalement trouvés en entamant sa formation de coiffeuse et en entrant dans le monde professionnel. 

| Je manquais de soutien pour faire des études longues et en classe je manquais de concentration. A la fin de la 3ème, on m’a orientée vers un lycée professionnel pour apprendre la coiffure. |

Garçon manqué, elle est tout d’abord intimidée par le monde de la coiffure mais y trouve très vite sa place. Élève alors brillante, elle enchaîne les bonnes notes et y découvre le soutien et la valorisation du corps enseignant. Elle apprend et y développe son goût pour le travail.

 | Le lycée professionnel c’est que des stages. Je travaillais les samedis et les vacances scolaires. (…) Le travail ça a été mon échappatoire. (…) J’ai toujours assumé mon travail, j’ai toujours bien travaillé. |

Après le lycée professionnel, puis l’obtention par alternance de son brevet (qui lui permet d’ouvrir son propre salon de coiffure), elle enchaîne les contrats plus ou moins longs, et parfois les intérims.  Les contrats courts lui permettent de garder sa liberté. Elle déménage plusieurs fois, raccroche même un temps la coiffure pour travailler en boulangerie. Et elle donne naissance à son fils.

 Tout au long de notre discussion, Cécile m’a parlé de cette envie qui l’a longtemps brûlée « de plus » et de sa fâcheuse tendance à faire les choses « par facilité ».  Je suppose qu’après un difficile démarrage dans la vie, la « zone de confort » doit avoir un goût de tendresse.

 Finalement, en début d’année, Cécile a trouvé le courage de mener la vie qu’elle a toujours voulu.

 Dépasser ses limites : l’auto-entrepreneuriat et Eve Ry.  

Cécile a toujours recherché la liberté dans sa vie professionnelle. Les contrats courts d’intérim et à durée déterminée la rassurent et lui permettent de garder son objectif en tête : « ouvrir son salon et travailler à son compte. »

Elle a mûri son projet pendant des années, retenue par le manque de confiance en elle quand bien même, ses expériences précédentes l’ont déjà amenée à gérer des salons en quasi-totale autonomie.

| En fait, j’avais peur de l’administratif, j’avais peur de mal faire. Une fois je suis allée voir un cabinet d’avocats et je ne comprenais rien.  |

Et pourtant depuis Janvier 2020, Cécile est enfin auto-entrepreneure et a signé ses premières factures. Les démarches ont pris du temps. Elle m’avoue en riant que le confinement sanitaire survenu quelques semaines après l’ont un peu replongée dans ses doutes mais qu’elle refuse d’y voir un signe et garde confiance en elle.

Lorsqu’on évoque la confiance en soi et l’épanouissement, Cécile me parle de la découverte de sa passion, le chant, dont la pratique et ses aptitudes lui ont permis de s’affirmer.

| Je regrette un peu de ne pas avoir découvert le chant plus tôt. Une activité artistique est très complémentaire du développement de sa vie personnelle et professionnelle.  |

Depuis cette année, on peut la retrouver sur des plateformes comme Youtube, sous le pseudonyme d’Eve Ry.

L’exercice est parfois difficile. Elle qui affiche toujours « la banane », chanter lui demande parfois de se confronter à ses émotions, ce qu’elle n’a pas toujours l’habitude de faire. Mais cette passion lui permet aussi de s’assumer toujours plus.

C’est à peu près sur ces mots que nous nous laissons avec Cécile. Je raccroche, confiante pour elle sur la suite.  

J’ouvre alors directement une page Web pour découvrir le titre original d’Eve Ry « La vie d’une autre » et pour offrir à l’enfant rebelle du Foyer du Sacré Cœur, une oreille attentive.

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