Pour ce premier portrait, j’ai pris contact avec Abdulmalik Faizi, une personnalité avenante,  enthousiaste et pleine d’humour. Il a immédiatement accepté de raconter son histoire et de partager son expérience  personnelle, sa réussite professionnelle, ses rêves et ses projets.

  • Une enfance entre l’Afghanistan et la France

Abdulmalik a vécu en Afghanistan avec sa famille jusqu’à ses 15 ans. A la suite de circonstances tragiques, il quitte seul son pays pour gagner l’Europe. Après un périple exténuant, c’est en France qu’il arrive finalement en avril 2009, à 16 ans, d’abord à Paris, puis à Mulhouse.

Abdulmalik continue de parler de ses parents disparus, à qui il doit beaucoup et envers qui il est reconnaissant. Il est conscient d’avoir reçu une éducation de qualité, qui lui a servi tout au long de son odyssée, et aujourd’hui encore pour son intégration sociale et professionnelle.

  • Un parcours scolaire studieux

Abdulmalik était au collège lors de son départ d’Afghanistan. En France, il poursuit donc sa scolarité par une année d’apprentissage de la langue dans une classe spécifique pour les nouveaux arrivants. Il entre ensuite au lycée pour passer un bac professionnel et devenir technicien d’usinage. Il passe le bac avec succès, obtient de bonnes notes et des appréciations élogieuses lors des stages en entreprise.

  • Motivation et ambition mènent à des expériences professionnelles variées

Désireux de continuer ses études mais sans soutien financier, Abdulmalik est d’abord soutenu par l’ASE de ses 16 ans et demi à ses 19 ans. Puis il a la chance de croiser le chemin d’une association qui vient en aide à de jeunes étudiants qui ont des difficultés financière. Il construit un dossier solide, puis passe un entretien sur ses projets d’étude : son expérience humaine et sa motivation lui permettent d’obtenir haut la main le soutien de l’association. Il quitte alors l’Alsace pour poursuivre ses études à Paris, où il est hébergé, aidé financièrement et accompagné personnellement par cette association pendant ses deux années de BTS, à l’issue desquelles il obtient une bourse d’Etat.

Après son BTS, à la suite de différentes rencontres et échanges, il trouve une entreprise en Alsace prête à accueillir des apprentis. Grâce à ses qualités relationnelles et à sa motivation, il intègre cette entreprise de fabrication d’équipement de boulangerie industrielle pour suivre un apprentissage. Il obtient finalement un CDI, qui lui permettra d’y travailler pendant 3 ans comme technicien qualité.

Sans réelle possibilité d’évolution, Abdulmalik décide de démissionner et de travailler pendant une année comme intérimaire en tant que technicien d’usinage, fidèle à sa formation initiale. Cette parenthèse lui permet de travailler sur ses projets personnels pendant une année, notamment d’obtenir son permis de conduire, sésame nécessaire à son indépendance.

  • Des rencontres marquantes tant humainement que professionnellement

Parce qu’il a été généreusement aidé par une association lors de ses études, Abdulmalik a eu envie de s’investir bénévolement lui aussi et de venir en aide à plus fragile que lui. Il s’engage donc à Paris dans une association qui accueille des personnes ayant un handicap mental dans des lieux de vie partagée. Chaque année, depuis six ans, il participe donc avec ses compagnons à un camp de vacances, où se  tissent des liens de solidarité forts entre les handicapés et leurs encadrants.

Lors d’un de ces séjours pendant son année en tant qu’intérimaire, il rencontre un couple de bénévoles, avec qui il discute longuement tant de ses difficultés et inquiétudes pour l’avenir que de ses espoirs professionnels. Le couple parvient à le remotiver et lui propose de le soutenir pour qu’il puisse reprendre ses études. Il est recruté dans leur entreprise comme employé et peut en parallèle suivre une formation pour obtenir un master à l’Université Paris-Descartes. Cette rencontre a permis à Abdulmalik de reprendre confiance en lui, de poursuivre ses études tout en occupant le poste de responsable qualité qui constitue pour lui une belle évolution professionnelle.

Il affirme qu’il a fait beaucoup de rencontres depuis son arrivée en France, qu’elles ont toutes été positives. Néanmoins, sa rencontre la plus marquante dans sa vie personnelle a été celle d’une journaliste qui l’a aidé à écrire son livre «Je peux écrire mon histoire», et l’a  aujourd’hui intégré à sa famille en tant que membre à part entière.

  • Une expérience difficile qui témoigne d’un optimisme permanent

Abdulmalik décide de témoigner d’une expérience au premier abord négative, mais qui a finalement eu un impact positif sur sa vie. A 19 ans, sorti de l’ASE, il doit quitter le foyer où il est hébergé et se retrouve sans domicile. Au début, il se sent malheureux et ne comprend pas pourquoi il doit affronter autant de difficultés. Mais il affirme qu’«avec le recul, c’était un mal pour un bien». Avoir été forcé de quitter ce premier refuge lui a permis d’être quotidiennement en contact avec des Français, donc d’apprendre la langue et la culture françaises, et d’être hébergé par une dame âgée qu’il considère aujourd’hui comme sa famille : «Mon autonomie a été accélérée, j’ai dû me battre davantage, devenir plus fort».

  • Des projets personnels en devenir

En 2017 il choisit de changer de prénom et d’inscrire Noé à son état civil, un prénom commun aux trois religions monothéistes, en hommage à ses origines et à l’aventure qu’il a vécue. Il affirme: «Tous les combats que j’ai menés, tout ce que j’ai vécu me sert aujourd’hui. Il y a quelque chose de positif dans chaque épreuve que l’on vit : c’est à nous de le trouver et d’en tirer énergie et optimisme.»

Son projet de vie pour les années à venir ? Terminer ses études, s’investir à fond dans l’entreprise qui lui a donné une seconde chance, se consacrer à sa nouvelle vie avec sa compagne Angela et fonder une famille dans les prochaines années.

 

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