Ce que je m’apprête à écrire est mon premier entretien. Premier entretien profondément touchant et sincère. Vous savez ? Les discussions qui vous prennent au coeur, les discussions où vous vous perdez dans le temps. Dans cet article, qui prendra dans un premier temps la forme d’une interview, je vous parlerais d’un personnage particulièrement attentionné, un personnage au cœur gros comme la main et qui sait vous mettre en confiance très rapidement. Il a su me comprendre et réciproquement, ce qui nous a valu le droit de pouvoir échanger plusieurs heures.

Phénix : Bonjour, tout d’abord c’est un honneur pour moi de pouvoir vous parler. Parlez-moi de vous, votre parcours autant familial que professionnel.

Mason Ewing : Je m’appelle Mason Ewing, je suis né le 9 avril 1982 au Cameroun à Douala. Je suis américain de mon père et camerounais de ma mère. J’ai vécu au Cameroun jusqu’à l’âge de 6 ans et je suis arrivé en Janvier 1989 en France, j’avais 6 ans et demi.

P : Retournez-vous souvent au Cameroun ?

M.E : Cela fait des années que je vis dans l’Hexagone et je suis retourné au Cameroun il n’y a pas longtemps après 28 ans d’absence, en 2017. J’étais réellement perdu, un pays que je ne connaissais plus, c’était nouveau pour moi, je suis partit enfant, je suis revenu en tant qu’adulte. Donc oui c’était compliqué. Mais ce fut un bonheur de retourner dans mon pays d’origine, ce sont mes racines !

P : Voudriez-vous nous parler de votre histoire familiale après votre arrivée en France ?

M.E : En arrivant en France j’ai vécu chez mon oncle et ma tante de mes 6 ans jusqu’à l’âge de mes 14 ans. Pendant 8 ans, ils m’ont battu, ils m’ont brulé, ils m’ont séquestré, ils m’ont enfermé dans une chambre. Pendant longtemps ils me battaient avec des barres de fers, des massues. J’ai reçu du piment sur mes parties intimes et dans les yeux. J’ai été leur esclave. Mais je ne vais pas rentrer plus dans les détails ce serait trop long. Pour en savoir plus, il faudra lire mon livre Les Yeux du Destin.

P : Tout cela étant traumatisant que ce soit psychologique ou physique, comment vous avez fait pour vous sortir de là ?

M.E : Après tout cela, j’ai fugué plusieurs fois pour appeler à l’aide. Je suis allé voir la police, j’ai appelé l’aide sociale, j’ai vu des juges, des psychologues. En fait, tout le monde était au courant, malheureusement personne n’a rien fait. Tu ne peux pas t’imaginer le nombre de fois où j’ai demandé de l’aide et averti la police ! J’ai fait d’innombrables fugues ! Personne ne me croyait, la police me mettait dans une cellule ou me renvoyait chez mon oncle et ma tante. À 14 ans, après avoir subi ces maltraitances, je suis tombé dans le coma. J’y suis resté 3 semaines. C’est après que je suis décédé. On m’a emmené à la morgue et quelques minutes plus tard, je suis revenu à la vie.

P : Maintenant après plusieurs années vous en parlez plus facilement ? Vous avez du recul ?

M.E : Aujourd’hui avec du recul j’en parle facilement. Je trouve qu’avoir perdu la vue est la plus belle chose qui me soit arrivé. Honnêtement, je n’ai aucun regret. Si tu veux, pour t’expliquer, quand je suis sorti du coma, on m’a enfin placé dans des familles d’accueil. Bien sûr le calvaire a continué. Certaines familles m’ont battu. J’ai encore subi du racisme et de la maltraitance.

P : Qu’avez-vous fait à votre majorité ?

M.E : À 18 ans, j’ai fait une tentative de suicide pour ensuite être admis en hôpital psychiatrique. À mes 19 ans, l’ASE ma mis à la rue. Je me suis retrouvé au SAMU Social en tant que SDF. Mon calvaire était loin d’être fini car j’y ai subi des attouchements sexuels par un aide-soignant. J’en suis sorti traumatisé. À cet âge, en tant que SDF, aveugle et sans papiers, c’était l’enfer pour moi. Et c’est, au regard de tout cela, que je me suis dit : Je vais gagner ! Et je gagne mes combats, je gagne toujours. J’ai écrit mon autobiographie Les Yeux du Destin, qui est sorti ce 21 septembre. Il est en vente sur Amazon, Google Livres, etc.

P : Quand on a un passé aussi traumatisant on ne peut pas faire autrement que gagner nos combats. Soit on sort du trou, soit on continue de creuser et on s’enfonce toujours plus chaque jour.
Les situations des enfants vous touche particulièrement.

M.E : J’ai appris une chose dans la vie, vis ta vie sans la subir, vis là à fond.
Voulant des enfants, je sais qu’il y en encore beaucoup qui attendent d’être adoptés dans le monde. Et je n’y vois aucune question d’âge, si je vois un jeune majeur orphelins, avec un besoin de soutien alors je ferai tout pour l’aider car ce sont mes valeurs. Il y a tellement d’enfants qui sortent de foyer sans réel soutien. Plus tard je souhaite que mes enfants puissent avoir tout ce que je n’ai pas eu.

P : Humainement, le sujet de l’enfance touche le monde entier mais les idéologies, les mœurs, les traditions et coutumes ne sont pas identiques à travers le monde. Cela dit, encore aujourd’hui en France, nous ressentons, tous au fond de nous, le besoin d’améliorer la vie des enfants. Est-ce normal ? Les violences intra-familiales sont encore sujet tabou dans notre société mais pourtant les violences, et j’entends par là toutes sortes de violences faites aux enfants, sont encore bien trop nombreuses. Nos enfants devraient se sentir aimés, protégés et par conséquent accompagnés pour leurs plus belles aventures.

” AUCUN HUMAIN N’EST PARMI LES HUMAINS QUE NOUS SOMMES DESTINE A ETRE L’ESCLAVE, LE CHIEN OU LA CHOSE D’UN AUTRE HUMAIN. “

Au fond de moi je me laisse croire que le plus beau est à venir, que nous sommes en mesure de donner un toit à cet enfant, de lui redonner cette chance que le temps le lui a arraché, de lui transmettre ces empreintes posées par un cœur rempli d’amour.
Chaque être est dans l’univers et l’humain, comme la Terre, est un être fait pour vivre dignement et vivre pleinement sa vie d’être vivant. Pourtant, et à mon plus grand regret, la réalité nous rattrape sans cesse et il faut avouer que les mesures ne sont pas aussi concrètes que l’on voudrait nous le faire croire.

” NOUS NE SOMMES QUE L’ECHO DE NOUS-MEME. NOUS NE SOMMES QUE DES VOIX SAUVEES DU DANGER. “

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